CLE Haute Comoé : la GIRE, c’est ici que ça se passe!

 

Le sous bassin de la Comoé est constitué essentiellement du fleuve Comoé qui prend sa source au Burkina Faso et constitue la frontière entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Plusieurs utilisations de l’eau coexistent dans ce sous bassin, à savoir : l’irrigation, l’approvisionnement en eau domestique, l’élevage, la pêche et l’alimentation en eau des sites touristiques.

À l’échelle du Burkina, la pluviométrie dans ce sous bassin est assez élevée ; elle varie entre 900 mm à 1100 mm, mais elle est également caractérisée par la variabilité saisonnière et inter-annuelle intense.  La bonne pluviométrie et les bonnes caractéristiques du sol font de cette zone, l’un des meilleurs potentiels agricoles du Burkina-Faso. Les principales cultures sont le maïs, l’igname pluviale, le maraîchage, le riz pluvial, le coton, la canne à sucre et le riz irrigué.

Les ressources en eau sont mobilisées sur la Comoé à travers les barrages de Moussoudougou, de Lobi et de Toussiana qui totalisent une capacité de stockage de plus de 50 millions de m3.  Pour une meilleure gestion de ce patrimoine, le Comité Local de l’Eau (CLE) Haute-Comoé a été créé en 2008 et cela dans le cadre d’une vaste réforme lancée dans les années 1990 pour améliorer le secteur de l’eau sur la base de la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE). Le CLE Haute-Comoé tout comme les autres CLE mis en place dans les autres bassins, a pour rôle dans son espace de compétence, de coordonner et d’animer le processus de concertation entre les acteurs de l’eau pour la régulation des usages, la planification des actions dans cet espace et la prévention et gestion des conflits. Dans cette dynamique, le CLE Haute-Comoé a en charge la gestion des ressources en eau mobilisées dans son espace. Il assure la répartition de ces ressources aux différents usagers de son espace que sont, la Nouvelle Société Sucrière de la Comoé (SN-SOSUCO) qui exploite 4000ha, la plaine aménagée de Karfiguéla qui a une superficie de 350 ha, l’ensemble des petits usagers qui exploitent 2150 ha et l’Office National de l’Eau et de l’Assainissement (ONEA) qui approvisionne la ville de Banfora en eau potable. Le processus de répartition de l’eau à ces usagers comporte les étapes suivantes : la mobilisation des eaux de surface qui consiste à fermer les vannes des différents barrages et à suivre le niveau de l’eau.  A la fin de la saison hivernale un comité restreint organise la visite des barrages pour l’estimation de la ressource eau disponible au niveau des 3 barrages.  Après cette étape de mobilisation, le CLE procède à l’allocation de l’eau aux usagers. Pour ce faire, le comité restreint se réunis pour l’estimation des besoins des différents usagers (ONEA, SN – SOSUCO ; plaine de Karfiguéla et les maraîchers) pour la période de décembre. Le comité restreint élabore le programme de lâchée qui détermine les quantités d’eau allouées à chaque catégorie d’usager. La dernière tâche consiste à suivre le programme de lâchure à travers des sorties inopinées du Secrétaire Général du CLE/Haute Comoé. « Toutes les catégories d’usagers bénéficient de l’allocation. Dans la répartition, nous priorisons les besoins de l’ONEA, nous prenons en compte le débit sanitaire et le reste de la ressource mobilisée est repartie entre les différentes catégories d’usagers notamment les coopératives de la plaine de Karfiguéla, les comités d’irrigants des villages riverains du fleuve Comoé, la SN – SOSUCO, les éleveurs et les orpailleurs », explique Antoine Ouattara, membre du Comité restreint d’allocation de l’eau aux usagers.

Antoine OUATTARA, membre du comité d’allocation

A titre d’exemple, de décembre 2017 à Juin 2018, les quantités suivantes ont été octroyées aux usagers suivants : 3 300 000 m 3 à la plaine de Karfiguéla ; 5 987 000 m 3 aux maraîchers installés le long du fleuve Comoé ; 996 365 m 3 à l’ONEA ; 34 032 874 m 3 à la SN-SOSUCO.

La fin des conflits liés à l’eau

Ce système de partage est arrivé à résoudre plusieurs tensions  liées à l’eau. « Il faut noter que le CLE/Haute Comoé est composé de 56 membres statutaires dont 10 représentants des services étatiques ; 6 représentants des collectivités territoriales ; 31 représentants des usagers et 9 représentants de la société civile, des projets et programmes de développement. Le programme de lâchure est élaboré par le comité restreint qui est composé de 14 membres. Cette instance est chargée d’appuyer le Bureau à l’élaboration du programme d’activités et à la mise en œuvre des décisions prises par l’Assemblée Générale qui est l’instance suprême du CLE/Haute Comoé », rassure M. Ouattara.

Pierre Damien BAKYONO, DG Agence de l’Eau des Cascades

Le Directeur Général de l’Agence de l’Eau des Cascades, Pierre Bakiono, se dit très satisfait du travail du CLE : « le CLE Haute-Comoé fait un travail remarquable en matière d’allocation de la ressource aux usagers. Dans la région des Cascades, il y a plusieurs usagers de la ressource et cela entraine des tensions entre eux. Mais avec l’avènement du CLE, les tentions ont nettement baissé  car la concertation permet aux usagers de se comprendre », relève-t-il et de justifier : « par exemple, la saison pluvieuse dernière a été mauvaise, les récoltes n’ont pas été bonnes et on a enregistré un faible taux de remplissage des barrages. Les usagers voulaient se rattraper dans la culture de contre-saison et alors il y a eu des tensions autour de la ressource que le CLE a parfaitement gérées. C’est dire que j’apprécie fortement ce travail mené par le CLE haute-Comoé ».

Les usagers affichent également leur satisfaction de ce système de répartition de l’eau qui permet d’éviter les conflits d’usages : « Je suis très satisfait. Les conflits d’usage de l’eau ont beaucoup diminué entre les usagers. Aujourd’hui, une grande importance est accordée à la concertation entre les usagers pour résoudre les différends », reconnait Daouda Ouattara, Chef de service irrigation de la SN-SOSUCO, un des grands usagers de la ressource.

La prise d’eau de Karfiguéla est le point de distribution de l’eau aux usagers.  Elle comprend un seuil de dérivation en béton poids, installé dans le lit mineur de la Comoé, trois vannes de chasse associées au seuil de dérivation et actionnées par des systèmes de levage à tige filetée, une vanne d’admission en tête du canal d’amenée (tête morte du canal primaire) ;un évacuateur de crue sous forme de radier submersible, placée en rive gauche;  et une digue de fermeture sur le terrain naturel en rive gauche. Pour améliorer la gestion de l’eau, la prise d’eau de Karfiguéla a été réhabilitée en 2016 avec l’appui financier des coopérations danoise et suédoise. « La réhabilitation de la prise a amélioré le travail d’allocation car désormais le CLE arrive a opéré de bonnes lâchées. Je voudrais en passant, remercier la coopération danoise à travers DANIDA qui financé la réhabilitation de la prise à hauteur de 90 millions de FCFA », précise M. Bakiono.

Soutenir le CLE

Dans le travail de répartition de l’eau aux usagers, le CLE Haute-Comoé rencontre des difficultés qui sont entre autres,  la baisse drastique des ressources en eau du sous bassin (le débit du fleuve Comoé est passé de 3000 litres/Seconde en 1982 à 750 litres/Seconde en 2005), la démographie galopante se traduisant par l’occupation anarchique des berges des plans et cours d’eau, l’ensablement/comblement des plans et cours d’eau, la baisse de la pluviométrie dans le bassin et limitant le remplissage des barrages (Taux de remplissage en 2017 : 60%), l’augmentation des superficies emblavées par les maraichers d’où l’accroissement de la demande en eau (de 400 ha en 2007 à 2000 ha en 2017).

Pour résoudre ces différents problèmes auxquels il est confronté, le CLE compte  continuer le plaidoyer pour l’amélioration des systèmes d’irrigation de la SN – SOSUCO (subvention de l’état pour accompagner la société à l’extension de son système goute à goute). Il espère la réhabilitation du réseau de canalisation vétuste de la plaine de Karfiguéla qui occasionne d’énormes pertes d’eau. Le CLE entend également entreprendre des travaux d’aménagement et de réhabilitation des barrages de la Lobi et de Toussiana. Pour ce faire,  en plus de l’appui de l’Agence de l’Eau des Cascades, le CLE demande le soutien des partenaires pour améliorer davantage la gestion des ressources en eau de son espace au bonheur des usagers car comme l’avait dit un ancien directeur de l’Agence de l’Eau des Cascades, « la Gestion Intégrée des Ressources en Eau, c’est ici que ça se passe ! ».

Daouda OUIBGA et Nadine NARE / OUERECE

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